Les plans

Les plans originaux

Le Nordet 420 se conserve d’abord sur le papier avant de survivre sur l’eau.

Le Musée Maritime de La Rochelle conserve un ensemble de plans originaux de François Sergent consacrés au bateau, répertorié dans ses archives sous le nom de Nordet 4,20 m. Le musée l’identifie comme un plan de construction d’un sloop datant de 1957, avec treize dessins documentant la coque, les détails de construction, le plan de voilure et le gréement.

Pour cette archive, ces plans constituent le fondement historique et technique du projet. Ils permettent de comprendre le Nordet non seulement comme un petit dériveur dont quelques exemplaires ont survécu, mais comme un dessin naval documenté, avec une origine précise, une logique constructive et une place dans l’histoire de la voile légère française.

Des plans publiés pour la construction amateur

Le Nordet n’a pas seulement été dessiné comme un projet professionnel d’architecture navale. En 1958, la revue Cahiers du Yachting publia les plans du Nordet, les mettant à la disposition de ses lecteurs à une époque où la construction amateur occupait une place importante dans la culture de la petite plaisance.

Cette publication constitue un élément essentiel de l’histoire du bateau. Elle suggère que de nombreux Nordet 420 ont pu naître non pas d’une seule chaîne de production, mais entre les mains de constructeurs amateurs suivant les plans et les instructions publiés.

Les plans parus dans Cahiers du Yachting ont probablement contribué à transformer le dessin de François Sergent en un bateau que des amateurs pouvaient construire, assembler, modifier puis faire naviguer.

En ce sens, le Nordet appartient à un moment très particulier de l’histoire de la voile : une époque où un navigateur pouvait découvrir un bateau dans une revue, commander ou recopier ses plans, acheter les matériaux ou un kit, puis construire lui-même une véritable embarcation.

Un bateau dessiné pour être construit

Les plans conservés montrent que le Nordet avait été conçu comme un bateau pratique et compréhensible. Sa construction reposait sur du contreplaqué marine, des couples, des cloisons, un puits de dérive, un tableau arrière, des bouchains, des lisses et des éléments de pontage.

Ce point est essentiel, car le Nordet n’était pas seulement destiné à être navigué. Il avait également été pensé pour pouvoir être construit, assemblé, réparé et entretenu par les navigateurs eux-mêmes.

À travers ces plans apparaît ainsi une culture de la voile dans laquelle le bateau n’était pas un objet industriel fermé, mais quelque chose que l’on pouvait approcher, comprendre et entretenir soi-même.

Le dessin d’origine semble avoir été principalement conçu autour d’une construction en bois. Les documents d’époque indiquent une construction en contreplaqué marine, et le bateau fut proposé par Marine Service, notamment sous forme de kit en bois.

Le Nordet s’inscrit ainsi pleinement dans le monde pratique de la construction amateur de l’après-guerre : économique, légère, réparable et accessible.

Kits, construction et versions ultérieures

En 1958, lorsque les plans du Nordet furent publiés dans Cahiers du Yachting, Marine Service proposait le bateau dans le cadre d’une construction en bois et sous forme de kit.

Cela semble constituer la première voie concrète par laquelle le dessin pouvait passer de la table à dessin de l’architecte aux mains des navigateurs.

Des références plus tardives, notamment des documents publiés dans Bateaux environ deux ans plus tard, suggèrent l’apparition d’une version moulée en résine ou en fibre de verre. Cette évolution semble correspondre à une seconde phase de l’histoire du Nordet, postérieure à la période initiale de construction en bois et en kit.

Cette distinction est importante.

Le Nordet ne doit être compris ni uniquement comme un dériveur de série en fibre de verre, ni exclusivement comme un bateau construit à l’unité par des amateurs. Son histoire semble traverser plusieurs formes successives et liées entre elles : les plans originaux de François Sergent, les dessins publiés pour la construction amateur, les kits en bois proposés par Marine Service, puis des versions ultérieures construites professionnellement ou moulées.

Le Musée Maritime de La Rochelle répertorie treize dessins conservés pour le Nordet 4,20 m :

ReferenceType
FSER_0552Plan de formes / coque
FSER_0553Plan de construction
FSER_0554Plan de voilure / gréement
FSER_0555Plan de formes / coque
FSER_0556Plan de construction
FSER_0557Plan de construction
FSER_0558Plan de gréement / section du mât
FSER_0559Plan de construction
FSER_0560Plan de construction / bôme / gouvernail / quille
FSER_0561Plan de construction
FSER_0562Plan de voilure / gréement
FSER_0563Plan de voilure / gréement
FSER_0564Plan de construction

Notes de construction et de montage

Ce document manuscrit fait partie de l’ensemble original de plans du Nordet dessiné par François Sergent.

Il décrit le processus de construction et de montage de la version en bois du Nordet 420, depuis l’étude préalable des plans et la réalisation de gabarits grandeur nature jusqu’à la quille, l’étrave, les bouchains, les panneaux de contreplaqué, le pontage, le puits de dérive, les finitions, le gréement et l’accastillage.

Au-delà de sa valeur technique, ce document montre le Nordet tel qu’il avait été imaginé à l’origine : un dériveur en contreplaqué simple, précis et élégant, pouvant être construit à partir de plans par des mains soigneuses.

Version française

Avant de commencer la construction, il est indispensable d’étudier très attentivement les plans et de bien comprendre la méthode d’exécution dans tous ses détails.

Les dimensions portées sur le plan ont été relevées sur un tracé grandeur nature.

La construction commence par la réalisation des moules ou gabarits. Pour cela, le contour des différentes pièces sera soigneusement tracé grandeur nature sur du papier d’emballage. Ce tracé sera ensuite reporté sur le bois en appliquant soigneusement le papier et en marquant de place en place quelques points à l’aide d’une pointe fine. Une ligne au crayon réunira ensuite ces points afin de définir les contours.

Les différentes pièces constituant les moules ou gabarits seront assemblées.

Les entailles destinées à recevoir la quille et les autres éléments longitudinaux seront tracées puis découpées.

Les moules seront ensuite fixés à l’espacement correct sur deux longerons longitudinaux qui, posés sur des tréteaux, permettront de travailler à une hauteur confortable.

Le bâti du tableau arrière sera fixé sur le moule arrière.

La quille principale sera ensuite mise en place, en commençant par la fixer en son centre. Elle sera provisoirement maintenue sur chacun des moules, puis mise à l’angle voulu à l’aide d’un long rabot.

L’étrave sera alors installée et assemblée à la quille par collage et vissage.

Les lisses de bouchain seront ensuite mises en place, deux de chaque côté, en les fixant sur les moules de la même manière que la quille, toujours en partant du centre. Elles seront assemblées par collage et vissage à l’étrave et au bâti du tableau arrière. Leur inclinaison sera rectifiée au rabot jusqu’à ce qu’elles affleurent parfaitement les moules.

La charpente sera complétée par la mise en place des lisses supérieures ou serres, fixées elles aussi en partant du centre et assemblées à l’avant et à l’arrière suivant le même principe.

Enfin, tous les contours extérieurs seront soigneusement dressés afin que le bordé vienne porter parfaitement sur l’ossature.

Il faudra ensuite découper le contreplaqué. Six panneaux de 244 × 122 cm seront utilisés, d’une épaisseur de 6 mm, à cinq plis, en okoumé ou en acajou, portant le label « C.T.B. Extérieur X ».

Le contour des différentes pièces, relevé à partir des moules, sera reporté sur leur surface. Pour la découpe, on utilisera une scie bien affûtée à denture fine afin d’éviter les éclats.

Les pièces longues devant être réalisées en deux éléments seront d’abord réunies par un assemblage en sifflet collé avant leur découpe définitive.

Pour assembler la coque, on commencera par fixer le tableau arrière sur son bâti.

Les deux demi-panneaux constituant le fond du bateau seront ensuite mis en place, en prenant soin de présenter les pièces et de les rectifier si nécessaire avant leur fixation définitive.

Ils seront collés et cloués, toujours en partant du centre.

Les panneaux supérieurs des flancs seront ensuite présentés et fixés.

La coque sera complétée de la même manière par la pose des deux panneaux intermédiaires.

La contre-quille sera vissée sur la quille.

L’extérieur de la coque recevra ensuite une couche de protection ou d’enduit, puis la coque sera retournée.

Les moules ou gabarits seront démontés et retirés.

L’intérieur recevra une couche d’impression ou de bouche-pores, puis deux couches de peinture.

Les barrots de pont avant seront mis en place, ainsi que le pied de mât ou montant de compression, la traverse du puits de dérive et les renforts en contreplaqué.

Le pontage sera fixé sur les lisses supérieures et les barrots après assemblage des côtés du cockpit par des joints en sifflet.

L’ouverture destinée à la dérive sera pratiquée dans la quille, puis les flancs du puits de dérive, préalablement assemblés sur leurs supports longitudinaux, seront mis en place. Le dessus du puits et le banc seront ensuite installés après la pose des supports latéraux.

Enfin, l’extérieur de la coque recevra trois couches de peinture ou de vernis.

Il ne restera plus qu’à installer le gréement et l’accastillage.